La restructuration de l’agriculture n’est pas un phénomène récent. En Europe, on observe depuis une vingtaine d’années une diminution croissante du nombre d’exploitations. Aujourd’hui, on constate l’accélération du processus à cause d’éléments fragilisants tels que les crises, la fluctuation des prix sur le marché mondial, la mise en application des règlementations européennes qui imposent des investissements importants aux exploitants, la réduction de certaines aides et prix garantis, la charge administrative importante et la spéculation foncière liée à la transformation du paysage rural.
Les conditions de travail ont fortement évolué, avec une perte de contrôle de différents volets de l’activité professionnelle. Les compétences exigées deviennent de plus en plus complexes et spécialisées et, dans le même temps, de plus en plus diversifiées. La prise de risques financiers s’accroît avec des perspectives d’avenir de plus en plus incertaines.
Ces mutations profondes du secteur agricole ont des conséquences sociales importantes : pertes d’emplois, précarisation, problèmes financiers, accroissement des risques professionnels (stress, accidents), problèmes de santé, …
Selon l’INS, en trois ans (2000-2003) en Wallonie 2.378 exploitations ont disparues, entraînant la perte de 2.962 emplois à temps plein et le passage de 1.002 emplois à temps plein en emplois à temps partiel. Ce transfert vers le temps partiel concerne principalement les femmes (84 %).
On assiste à un élargissement de la population fragilisée. Ce ne sont plus seulement de petites exploitations qui sont contraintes de cesser leurs activités, mais aussi des exploitations moyennes, voire importantes.
Les situations de surendettement et de précarité touchent une population de plus en plus jeune, mais néanmoins trop âgée et/ou trop peu formée pour retrouver un emploi dans d’autres secteurs.
Ainsi, la moyenne d’âge des personnes en difficulté, prises en charge par Agricall Wallonie, est de 46,5 ans. Toutes ces personnes pensent à arrêter leur activité car elles sont en épuisement, voire en dépression. Trente pour cent d’entre elles recherchent néanmoins activement une possibilité d’emploi complémentaire pour pallier le manque de rentabilité de leur exploitation.
Les compétences très spécifiques des agriculteurs et agricultrices sont difficilement transférables telles quelles à d’autres secteurs d’activité. A ce manque de « mobilité » s’ajoute le fait que plus de la moitié des chefs d’exploitation ont plus de 50 ans et un faible niveau de formation (niveau primaire).
Le vieillissement de la population et la disparition des emplois dans ce secteur trouvent également leurs origines dans le manque de candidats repreneurs (moins de la moitié des exploitations ont un repreneur potentiel).
Ce ne sont plus seulement les agriculteurs et agricultrices qui perdent leur emploi, mais aussi tous les métiers connexes : vendeurs de matériels, de produits, d’aliments, vétérinaires ruraux, etc. qui se retrouvent en faillite. En 2005, le nombre de factures impayées chez les vétérinaires ruraux en Région wallonne a doublé.
Ces mutations profondes du monde rural nécessitent un accompagnement spécifique destiné à améliorer les capacités d’adaptation au changement des acteurs, tout en préservant leur savoir-faire et en leur permettant de rester actifs, pour un développement durable de qualité.